Mettre le holà

Alice Neel

Lorsqu’on est habitué à œuvrer au service des gens, on a une tendance principale à laver la vaisselle sale des autres. C’est une habitude qu’on a pris. Endosser ce qu’on ne doit pas endosser.

Faire le travail du « non » et du refus est alors nécessaire à mettre en place. En général il intervient après un schisme à l’intérieur de nous car la vaisselle sale des autres s’accumule et l’on devient vite débordé. Et l’abus de l’autre devient de plus en plus flagrant. Le temps passé à laver la vaisselle sale de l’autre est un temps perdu à ne pas vous occuper de vous. C’est une spécialité du travailleur social, ne nous cachons pas. Mais le travailleur social est un être humain donc on peut supposer que ce soit le lot de beaucoup d’autres personnes.

Retrouver son autoroute du pouvoir et arrêter de se charger de la merde des autres est de l’ordre alors de la survie.

Reconnaître que la situation n’est pas normale. Et y mettre un holà.

De quelle manière? En vous demandant comment vous vous sentez et en validant votre premier ressenti. D’où qu’il vienne. Ne surtout pas le mettre de coté. Valider votre ressenti et juste votre propre ressenti, c’est le début de votre chemin à vous.

Je dis  » juste votre propre ressenti », car en général face à cela, l’autre va vous inventer des ressentis qui correspondent à l’histoire qu’il se raconte et qui sert à son problème. On reconnait lorsqu’on met un holà lorsque l’autre réagit avec véhémence à votre refus. En général l’abuseur nous demande d’être et de faire ce que lui a décidé pour nous et que pour lui , chose importante, c’est la seule alternative à SON problème. Nous risquons alors de devenirs la pâte à modeler de cette personne qui ne voit alors aucun problème à nous faire endosser la responsabilité de ses manques.

En s’appuyant sur le manque d’amour que nous avons de nous-même évidemment! Parce qu’autrement cela n’aurait pas de prise.

Cela vaut dans la vie pro comme de la vie perso.

Pensez-y.

Qu’est ce qui fait se lever le matin?

Chris Kenny

Qu’est ce qui fait se lever le matin? Quelle est la fonction première de vivre? Tout cela n’est pas défini à l’avance et se dessine au fil du temps et des rencontres.

Combien de fleurs de gens avons-nous autour de nous, pour nous aider à faire notre miel? Qui profite de notre miel? Cela peut paraître bizarre de se poser ces questions mais finalement c’est essentiel pour mieux se connaitre. On peut à tout moment décider comment, et avec qui nous pouvons nous accomplir dans ce que nous sommes vraiment. Nous pouvons arrêter d’écouter ceux qui nous jugent et nous blessent.Nous freinent, nous rabaissent. On peut à tout moment dire stop. Ne plus accepter l’inacceptable.

Il est des instants si inconsistants qu’on ne peut continuer à vivre qu’en renaissant. Il est des instants si odieux qu’on ne peut continuer qu’en innovant.

C’est bien par la création que se confirme ce que nous sommes. Pas par la copie, ni par l’écoute désespérée des autres. Ceux qui insistent pour qu’on les écoute nous parler de nous-même n’ont que très peu compris en quoi consistait réellement vivre. Laisser sa trace au monde. Créer.

Les défis lancés par la création de sa vie sont infinis. Et c’est bien en cela qu’ils nous élancent vers nous-même. Créer c’est gérer l’éco-système de soi. Et ça , personne ne peut te donner le mode d’emploi. Comment peut on écrire ce mode d’emploi que personne ne peut nous donner? Comment peut on éprouver plus d’émancipation? gérer les points de frictions? trouver des équilibres? traverser les crises? construire ta connaissance? s’autoriser le plaisir? élaborer ta confiance? choisir tes projets et ta vie? Quand j’écris ou que je porte un projet, je crée et à partir de là toutes les réponses sont radieuses. Car je donne vie à ce que je suis.

L’espoir grillé

Ana Montiel

Il existe tellement de choses qui anéantissent pour un instant, la beauté de la vie. Tellement de choses qu’on ne voudrait pas vivre et pourtant nous les vivons.

Ces moment où l’espoir grille d’un coup sans crier gare. Comme si le paysage entier transpirait d’une odeur sinistre alors qu’il était si onctueux à nos yeux, il y a encore deux minutes.

C’est le coup de grisou d’un espoir qui s’embrase. Vous connaissez?

On voudrait alors qu’il n’en soit rien , on voudrait alors ne pas avoir entendu, ni vu, ni ressenti ce que nous avons vécu. On voudrait aussi n’avoir pas autant nourri et porté ce doux et ce précieux espoir chiffonné. Parce qu’on y croyait, parce qu’on en rêvait. Parce qu’on voulait le voir grandir. A tant de rêves, il répondait.

Car derrière tout espoir, il y a un rêve. Vous le connaissez ?

Le rêve part- il en même temps que l’espoir qui s’évanouit ? ou fait il un dernier tour?

Moi je pense qu’il dissipe l’odeur grillé des espoirs déçus et qu’il part continuer ailleurs… là où il ne meurt .

En tête à tête avec sa colère créative

Juan Palomino

Personne ne mérite d’être maltraité émotionnellement. Pourtant cela arrive et souvent par des personnes très proches de nous.

L’abus émotionnel est une forme de lavage de cerveau qui érode lentement l’estime de soi, la sécurité et la confiance de la victime en elle-même et en d’autres. À bien des égards, il est plus nuisible que l’abus physique, car il désintègre lentement le sens de soi et la valeur personnelle.

La colère d’avoir été maltraité et abusé émotionnellement est légitime. Et c’est pour aborder ce point précis que j’écris cet article. La colère est un sentiment intense éprouvé en réponse à une frustration, une injustice, une blessure, une déception, ou une menace. La colère pourrait présenter certains avantages.

Se servir de la colère comme un moteur pour vous propulser vers l’avant pour avancer et pour vous reconstruire n’est pas de l’ordre de la fiction! En revanche en perpétuant l’envie de vengeance auprès de la ou les personnes vous ayant fait du mal , vous allez indirectement donner l’autorisation à la colère de vous contrôler encore davantage. Car elle est bien là, la subtilité de la colère, en même temps qu’elle nous insuffle l’essence pour repartir, elle peut aussi nous clouer sur place pendant bien longtemps.

A l’opposé de l’envie de vengeance générée par une colère stagnante, la colère créatrice te fait te lever un matin et ne plus accepter certaines choses . Elle te donne l’énergie folle de commencer à poser les actions qui vont constituer la nouvelle donne de ta vie.

Utilisez cette colère à votre plus grand avantage. Saisissez la et regardez la par tous ses angles, il y aura forcément un angle qui inspirera vos constructions futures. Ce n’est pas une fiction, encore une fois, je le répète.

Ce scénario est le seul permettant de retrouver votre équilibre. Mettez toute votre énergie pour trouver des solutions afin de remédier au déséquilibre béant crée par l’abus subi. Arpentez votre chemin dans tout les sens si il le faut pour vous guérir de vos blessures et pour reprendre petit à petit le gout à la vie.

Il n’y a pas de plus belle victoire que celle qui est née au plus profond de nous même, en tête à tête avec sa colère créative.

Merci de m’avoir lu!

Virginie

La vie, le vécu

Catherina Türk

La vie est une notion simple en apparence seulement. Au XVIIème siècle LOCKE le remarquait: » Il n’y a point de terme plus commun que celui de la vie, et il se trouverait peu de gens qui ne prissent pour un affront qu’on leur demande ce qu’ils entendent par ce mot[…] Cependant il est aisé de voir qu’une idée claire, distincte et déterminée n’accompagne pas toujours l’usage d’un mot aussi connu que celui de vie. »

Je vais retranscrire les propos d’Alex LAINE, docteur en sciences de l’éducation dans son livre « Faire de sa vie une histoire ».

La notion de vie est une notion complexe située au carrefour de plusieurs routes:

la biologie: le Littré définit la vie comme « l’état d’activité de la substance organisée »

la métaphysique: Là où la métaphysique entre en scène, c’est lorsque la réflexion sur la « substance organisée » nous amène à nous poser la question du « premier moteur » de la source qui a insufflé la vie, qui pose la question de ce qui a « animé » la substance. Ces résonnances métaphysiques pose la question de l’origine absolue, celles dont nos parents sont eux mêmes issus, celle qui est source de tout à savoir la question de l’existence d’un Dieu. Cette question de l’origine de tout, est rarement posée explicitement. Elle l’est lorsque la notion de vie est subitement réintroduite lorsque survint l’inévitable de son contraire à savoir la mort.

la psychologie phénoménologique et existentielle: Au regard des notions métaphysique évoquées plus haut, intervient les questionnements et les enjeux existentiels touchant à cette notion de vie et qui va lui donné toute sa rondeur: l’idéalisation, les investissements affectifs, mythiques, et mystiques. La vie est non seulement une réalité mais aussi un mot auquel on tient, un mystère que l’on ne considère pas de manière distanciée comme on le ferait avec une autre notion.

La notion de vie est donc loin d’être transparente.

Si l’on s’en réfère au Littré, la vie est l’espace-temps qui s’écoule entre la naissance et la mort.

Composée d’évènements singuliers, pourrait on rajouter.

De Vécu.

Comme nous l’écrit Alex LAINE, la principale caractéristique de la vie est une masse, diversité d’évènements et d’expériences vécues qui adviennent chaque jour et ne cessent d’augmenter. mais en dehors de leur place dans la chronologie, ces évènements ne dessinent ni ordre logique strict, ni signification claire et rationnelle.

L’évènement, surtout dans sa dimension d’inattendu, de surprise par rapport à l’ordinaire du quotidien n’est jamais, nous dit Alex LAINE, immédiatement intelligible. Pas plus que les sentiments qu’il déclenche. En effet c’est qu’au moment où je vis l’évènement, je ne dispose pas de recul temporel nécessaire pour en apprécier une portée qui par définition, se livre dans le futur.

Ce sont précisément, avec le recul du temps, le récit et surtout l’histoire qui vont faire apparaître le sens et la structure logique de ce qui n’est au départ que désordre pauvre en significations.

D’où l’importance comme nous le dit Alex LAINE, de Faire de notre vie une histoire!

Merci de m’avoir lu.

Virginie

L’histoire de vie

L’histoire de vie, comme le journal, peuvent être des outils qui permettent de construire des liens entre des choses, des évènements, des concepts. Comme nous le raconte Rémi HESS dans son livre « La pratique du journal, l’enquête au quotidien » ( Ed. Téraèdre): il s’agit de garder une trace de la succession des choses que l’on fait, que l’on vit que l’on découvre…« 

Que pouvons-nous écrire? on n’écrit que ce que l’on vit et ce que l’on ressent. le principal sujet c’est donc la vie, notre vie. Guy de Maupassant dans la préface de « Pierre et Jean » nous déploie son explication très efficace de la vie: La vie, écrit il, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicables, illogiques, et contradictoires qui doivent être classées au chapitre des faits divers.[…]… La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment.

Ainsi écrire est un projet d’action émancipatrice.

Plusieurs courants de recherche et de pratique de l’histoire de vie, peuvent être notés:

– Le premier courant correspond à L’association internationale des histoires de vie en formation ( ASIHVIF): Les praticiens et les chercheurs qu’il regroupe, se définissent essentiellement dans leur rapport au champ de la formation, plus particulièrement de la formation pour adultes. Avant d’être institué définitivement par Gaston PINEAU, Pierre DOMINICE, Guy DE VILLERS et Guy JOBERT, le courant de l’histoire de vie a été marqué par deux initiatives individuelles qui les ont précédé:

– En France Henri DESROCHE ( 1914-1994) a crée la démarche de l’autobiographie raisonnée comme méthode d’accouchement ou de maïeutique de projets de recherche portés par des adultes. Alex LAINE , docteur en sciences de l’éducation, dans son livre Faire de sa vie une histoire , nous explique que la méthode de DESROCHE a le souci d’aider celui qui le consulte à identifier le projet qui est le sien et qui est rarement tout à fait clair en son esprit. c’est à cette fin que le porteur du projet est invité à dire et travailler son parcours , ses expériences.

Pour précision la maïeutique est la méthode utilisée par Socrate pour faire accoucher les âmes de ses vis-à-vis des savoirs dont ils étaient porteurs à leur insu , et cela par l’intermédiaire du dialogue et du questionnement socratiques.

– De son côté Gaston PINEAU va axer sa recherche sur la valeur d’autoformation que contiennent la vie quotidienne et l’expérience ordinaire. A savoir que le sujet ne se forme jamais aussi bien et aussi pleinement que lorsque le processus de formation procède d’un projet dont il a lui-même décidé. Elle contient l’idée que plus le sujet a identifié ce qui a été formateur par le passé, plus il est en mesure de se former et de s’autoformer dans le présent et l’avenir. C’est le mélange d’une identification à la fois de ce que j’ai appris et de la manière dont je l’ai appris.

Comme je l’ai écrit plus haut, l’histoire de vie s’inscrit dans le processus de formation pour adultes.

Dans l’ère du « prêt-à-former » que nous traversons, Les histoires de vie sont des cibles privilégiées dans la quête des nouveaux instruments du marché de la formation pour adultes. Alex LAINE invite à ne pas se laisser happer par une approche toute techniciste des histoires de vie. il invite à prendre en compte un certain nombre de précautions et de dispositions méthodologiques et déontologiques. Alex LAINE évoque particulièrement dans la « guidance  » d’histoires de vie à marche forcée avec une démarche que l’on impose aux publics visés sous pretexte que c’est bon pour eux, en ne leur donnant ni la possibilité de refuser de s’y engager, ni la possibilité de négocier les modalités techniques et déontologiques de leur implication.

Ainsi écrire doit rester une proposition et un acte libre , tout comme le choix de partager l’écrit ou pas.

L’acte émancipateur réside dans cette liberté et dans la conscientisation qui en découle. On apprend moins lorsqu’on est guidé, on apprend davantage lorsqu’on est en roues libres et avec un savoir non induit par une autre personne. L’art de la formation et de l’enseignement reste un art complexe. Il reste toujours important de bien choisir son formateur en la matière. Celui qui nous permettra de révéler notre propre savoir et non le sien.

Moins je sais ce dont je suis capable, moins je puis le mettre en œuvre et plus je suis soumis à la représentation dominante du savoir académique. Dès lors, au contraire, que je reconnais la valeurs de mes savoirs et de mes expériences, j’entre dans ce processus d’autoformation que Gaston PINEAU définit comme processus d »appropriation de son pouvoir de formation, mais qui est aussi appropriation de son pouvoir de création et d’autocréation.

Merci de m’avoir lu!

Virginie

Au service de l’humain

Jamie mills

Il faut être reconnaissant envers un être humain qui sert un autre être humain. Au bout du compte, ce ne sont pas des discours politiques, gestionnaires d’hommes-ordinateurs dont nous nous souviendrons, mais d’un geste , d’un sourire d’un être humain au service d’un autre être humain qui saura nous marquer à jamais. Et vous, que faites vous pour servir l’humain aujourd’hui? Que ferez vous demain? que pourriez vous faire que vous n’osez pas?

Le travail en réseau

Chris Keegan

Qu’est ce qu’un travail en réseau?

Au cœur de mon activité depuis le début, la réflexion du travail en réseau est un point essentiel lorsque l’on se lance en tant qu’éducateur spécialisé indépendant.

Qu’est ce que j’envisage pour mon activité? Comment je compte le mettre en place? Evidemment le postulat de la toute puissance de l’indépendance est de suite heurtée par la rapidité du terrain. On n’agit pas seul mais on agit uniquement en notre nom. On inscrit notre travail dans un travail global qui est sensé se coordonner avec les autres interventions des professionnels sur le terrain ou des prescripteurs de la demande. Pas facile n’est ce pas?

Aussitôt que se créent les premières situations de travail, aussitôt arrive le principe du travail en réseau avec les professionnels intervenant auprès de la personne. Dire qu’un éducateur qui se lance en indépendant parce qu’il est frustré d’un travail institutionnel qui peut paraitre contraignant est pour une part vrai mais en aucun cas, se lancer en indépendant signifie s’extraire d’un travail partenarial et d’un travail de réseau. Bien au contraire! cela le rend plus visible et il est beaucoup moins facile d’élucider ce problème ou de s’en écarter. La communication s’impose alors à un moment ou à un autre. Et cette communication est incontournable puisque nous travaillons en notre nom.

Je pense toujours valable le conseil de se faire de l’expérience en association ou établissement public avant de se lancer en indépendant. Pourquoi? parce qu’il n’y a que le terrain institutionnel qui permet de s’imprégner des grandes subtilités que recouvre l’accomplissement des projets personnalisés des personnes accompagnées. J’entends par là le travail d’équipe, les hiérarchies institutionnelles, les enjeux budgétaires ect… On agit mieux en indépendant lorsqu’on en a eu l’expérience du travail en institution.

Le point central que je souhaite aborder dans cet article est plus précisément le travail en réseau.

Joli mot qui signifie le travail en collaboration. De quoi il en retourne? Pour moi, un travail en réseau est un travail marqué par des échanges équitables et réciproques. Contrairement à un travail partenarial avec un contrat, le réseau est lié par un accord tacite entre ceux qui ont décidés de collaborer. Impliquant les deux partenaires de réseau dans un partage égal des connaissances. Une franche communication est donc de mise. Mais pas que . La confiance aussi . Sentir que le partenaire en face de soi est dans la même capacité d’échange, de volonté d’avancer et de progresser tout en n’abusant pas de l’autre, est pour le moins une base. Il peut naître des liens forts lorsque l’on construit son réseau et ces liens sont déterminants dans l’accomplissement de la mission de l’éducateur spécialisé indépendant.

Ainsi je ne crois pas au mythe du travailleur social indépendant qui travaille sans se connecter avec ses confrères et consoeurs installés dans les environs. Sans partage, sans construction d’un échange égalitaire, ni même volonté de communiquer.

Par conséquent, un réseau demande du temps et de la disponibilité pour s’épanouir mais il doit avant tout, se concevoir dans une vision globale d’un collectif où l’on se demande avant tout autre chose, qu’ai-je à apporter à ceux avec qui je vais travailler en réseau?

Bien sûr ces propos n’engagent que ma vision des choses.

Virginie

Ce que personne n’aurait pu imaginer

Claire Youngs

Nous avons tous été un jour sous estimés, bafoués et donnés perdants. Dans ces moments là, nous avons eu la sensation que tout était fini. Mais c’est au moment même où l’on ne nous donnait plus aucune chance que nous avons trouvé la force de continuer et la force de se battre.

Nous sommes revenus alors que tout le monde nous avait oubliés .

Et puis nous avons fait ce que personne n’aurait pu imaginer.

Même au plus bas, de ce bas qui nous est donné par le destin, nous pouvons toujours remonter.

Toujours.

Le téléphone avec une personne autiste

Urban Phone de ds Kamara

Pendant le confinement, comme tout à chacun, j’ai dû réorganiser ma manière de travailler et je voudrais ici parler un peu du travail enclenché auprès d’un jeune que je vais appeler Nicolas.

Nicolas a 17 ans et est autiste sans déficience intellectuelle . Je l’accompagne depuis un an et demi. Dès le début du confinement , la maman m’oriente vers la piste d’un travail autour du téléphone. Comme beaucoup d’autiste, Nicolas est peu adepte de ce moyen de communication. Il a un téléphone mais il ne s’en sert pas. Il est souvent déchargé. Il a ce téléphone, je pense uniquement pour l’urgence lorsqu’il doit appeler ses parents, si il y a un problème dans la journée.

Au départ, je me suis dit  » ok, bon c’est un challenge mais après tout, autant essayer des choses car on ne sait pas combien de temps ce confinement durera ». J’ai réfléchis à ce que je voulais faire et ce que je voulais proposer à Nicolas avec le téléphone. Très tôt j’ai mis en place certaines règles qui ont permis à Nicolas d’avancer de façon très favorable et au delà même de l’objectif du téléphone.

Je vais retranscrire les idées principales:

– la première règle était qu’il devait m’appeler sur un temps que nous définissions ensemble. Je partais du postulat que réaliser un appel était tout à fait dans ses cordes et que cela restait adapté et dans une perspective intéressante liée à son âge et à ses capacités. C’était important pour moi de ne pas tomber dans « je t’appelle et tu décroches ». J’avais vraiment en tête de le mettre en action de ces appels téléphoniques. Les débuts furent difficiles car Nicolas n’appelait pas ou pas à l’heure ou pas le bon jour. Mais parmi cela il y avait des appels passés au bon moment et donc m’encourager à maintenir ce cadre. Afin de pouvoir l’aider à respecter ses rdv téléphoniques, j’ai introduit dans un premier temps, la relance par sms. cela fonctionnait parfois mais d’autres fois, il était occupé à faire autre chose! Ensuite j’ai mis en place l’envoi du sms pour lui notifier la date du prochain appel. Convenir d’un prochain temps d’appel, nous le faisions évidemment à l’oral à la fin de chaque appel mais le fait que je l’écrive en sms a considérablement permis à Nicolas de se  » rappeler » et d’honorer de plus en plus les rdv téléphoniques. Jusqu’à ne plus en oublier un.

– la deuxième règle était de proposer une discussion dans laquelle Nicolas était coutumier. C’est une discussion favorisant les « habiletés sociales » et que d’habitude nous faisons lors de l’intervention. La consigne de cette discussion bien connue de Nicolas est la suivante: Nicolas doit aborder par une question ou un début de conversation une thématique bien précise que je lui donne en général au tout début de l’intervention. Il a alors les 2 h de l’intervention pour enclencher des questions ou des conversations à ce sujet. Il s’agit de thématiques générales comme l’environnement, les transports, le sport, l’école, la famille ect…Ajouté à cela, je lui ai ajouté comme consigne une thématique d’ordre général qui a comme objectif de demander comment ça va, comment s’est passé le Week end par exemple. Cela faisait 6 mois que Nicolas s’exerçait à ces deux consignes qu’il avait tout à fait intégré. Dans le process, j’ai pris l’habitude de lui dire constamment où il en était rendu à savoir  » pour ta thématique générale , tu es à 3/5 et ta thématique du jour 2/5″ Cela peut paraitre très cadré mais ceux qui travaillent avec des autistes savent que ce n’est pas un détail anodin car il s’agit pour Nicolas d’un effort de concentration que de communiquer donc il faut rythmer l’effort et bien sûr encourager en renvoyant par exemple les questions et en lui faisant également la discussion. Bref Nicolas connaissant depuis 6 mois ces deux consignes, c’est naturellement que je lui ai proposé ce contenu rassurant pour lui, lors de nos appels téléphoniques. Etant très à l’aise avec ce contenu, c’est à dire ayant acquis vraiment une capacité à poser des questions sur des thématiques relativement faciles, je lui ai proposé au bout d’un mois et demi de confinement, des thématiques plus abstraites en lien avec des ressentis, des émotions. exemple: l’ ennui, le manque, la joie… Nicolas s’est bien prêté à l’exercice car il avait acquis vraiment des automatismes sur les questions à poser dont il s’est servi. même effectivement ces thématiques ne sont pas des thématiques favorites.

– la troisième règle était d’apporter un soin particulier au début de l’appel et à la fin . Puisque c’était lui qui appelait, le travail considérable s’est fait au tout début du confinement lorsqu’il appelait. C’était de long silence et l’attente que j’enchaine sur le début de l’appel. C’est donc volontairement que je parlais peu pendant les début d’appel. je reprenais la parole pour lui expliquer comment pouvait s’enclencher un début de conversation d’appel. Car au delà du « c’est moi… » il n’arrivait pas à enchainer. C’est donc dans l’accompagnement de ces tout début d’appel, que j’ai accès mon effort de faire silence et ma guidance orale pour l’amener à trouver un début d’appel qui soit cohérent . Ainsi est apparu le « bonjour  » pui le bonjour Virginie  » et enfin petit à petit est venu, « bonjour Virginie , c’est moi… » jusqu’à n’avoir pour ma part, plus rien à rajouter puisqu’il enchainait directement avec  » bonjour Virginie, c’est Nicolas, comment ça va? » cela a bien pris un mois… La fin de l’appel téléphonique quant à elle, a été travaillé de la même manière

Au fur et à mesure des appels téléphoniques ( 2 appel de 30 minutes par semaine) , j’ai ressenti Nicolas plus à l’aise, plus en confiance avec l’outil du téléphonique. Le fait qu’il réussisse d’appeler à la bonne heure et au bon jour était déjà une sacrée étape et enfin qu’il investisse l’appel avec son contenu fut aussi une sacrée surprise. Avec vraisemblablement pas mal de joie puisque l’on a pas mal rigolé durant ces séances téléphoniques.

– Voyant la confiance débordante de Nicolas, j’ai saisi l’occasion de lui proposer au bout d’un mois, un visio par whats app. avec le même contenu (thématique générale et thématique du jour) . Très content de pourvoir voir, il a bien apprécié ces visios et c’était aussi l’occasion pour lui de me montrer certaines choses dans son environnement et ce qu’il vivait pendant son confinement: exemple: une branche tombée lors d’une tempête, des travaux dans la maison, son chat… Je l’ai senti investi dans ces appels visios.

– A coté de ces appels téléphoniques et visios, j’ai mis en place quelques échanges sms et mails qui ont été peu nombreux .Pour le sms, Nicolas a adopté en règle générale, le relfexe de répondre au sms mais là encore il a fallu que je l’accompagne pour qu’il y trouve le sens. Quant au mail, j’ai échangé de façon ludique ( charades et mail centré sur sa passion de la voile) et les réponses mails de Nicolas ont été lentes mais elles ont été faites. Mais ces deux points, je pense peuvent être davantage travaillés.

Pour conclure, je dirai que la situation de confinement, et la mise ne place de ces deux appels téléphoniques par semaine, a vraiment permis à Nicolas d’investir cet outil inconnu pour lui qu’est le téléphone. Il s’en est saisi de façon autonome en réalisant il y a une semaine, un visio avec son grand père. Toute la famille a pu constater le changement de regard et d’utilisation que Nicolas a eu avec son téléphone. Le résultat est tellement probant que j’envisage de poursuivre ces séances de téléphone bien après le déconfinement.