Sortir du triangle des bermudes du travailleur social- 5 concepts de la méthologie systémique

bateau de ticket de métro ( anonyme)

Beaucoup de bateaux se sont mystérieusement perdus dans le fameux triangle des Bermudes. Est-ce légende ou énigme? Mystérieusement aussi, nous écrit Paule LEBBE-BERRIER dans Pouvoir et créativité du travailleur social ( Ed. ESF 1988), dans le labyrinthe de la complexité de certaines situations sociales, quel travailleur social n’a t il jamais été un jour complètement englouti, absorbé ou encore phagocyté par une famille, un couple, un groupe?

Dans cet article , je vais reprendre 5 concepts de la méthodologie systémique exposés par Paule LEBBE-BERRIER dans son livre et exposer quelques outils de l’Ecole du paradoxe, située à Paris, permettant d’y voir plus clair.

5 concepts de la méthodologie systémique

Selon Paule LEBBE-BERRIER, docteur en psychologie, assistante de service social et psychologue, 5 Concepts PHARE de la méthodologie systémique à rallumer, pour permettre/éviter la dérive et la disparition du sens du travail chez le travailleur social.

  1. L’interaction
  2. Le contexte/métacontexte
  3. Le problème/le symptôme
  4. L’homéostasie/la rétroaction évolutive/le changement
  5. La triangulation/la coalition/l’alliance

1 l’Interaction

L’interaction peut se résumer par: un « JE » qui communique UN MESSAGE à un « TU » dans un contexte déterminé.

LEBBE-BERRIER P., Pouvoir et créativité du travailleur social, ed. ESF, 1988, p.25

Toute interaction , nous précise PAULE LEBBE-BERRIER, définit la relation, donc les positions, les rôles dans un ensemble. « Le récepteur peut accepter, confirmer la définition, que l’émetteur donne de lui-même. Mais encore, au lieu de le confirmer, le récepteur peut rejeter le message, disqualifier l’émetteur ou même dénier la réalité de l’émetteur comme source du message et donc de définition de la relation […]. Nous entrons, à ce moment là, dans une communication qui devient dysfonctionnelle, caractérisée , le plus souvent par d’intenses débats sur la relation, le contenu n’étant que « l’objet » nécessaire à ce problème de définition de la relation »**

**LEBBE-BERRIER P., Pouvoir et créativité du travailleur social, ed. ESF, 1988, p.26-27

2. La contexte/le métacontexte

Le contexte est défini par la situation sociale, par la communication dans lequel le problème s’expose, sans pour autant être précisé explicitement.

C’est pourquoi créer une ambiance de travail c’est en quelque sorte créer avec les interessés supportant le « problème » un espace intermédiaire qui permettra au mieux l’explicitation du contexte dans lequel l’interaction posant problème, se joue.

A noter que cette ambiance de travail est également un contexte fait de communications et de confiance à créer.

Mara SELVINI* parle de « métacontexte ». Lorsque le rapport de confiance est établi qui permet de travailler ensemble à un problème, pour aboutir à quelque chose de potentiellement valable et significatif, l’existence du contexte doit être continuellement vérifiée ( métacontexte).

Ainsi le métacontexte signifie de connaître et de faire connaître le contexte aussi bien dans le problème de l’intéressé, que dans la relation thérapeutique qui amène à la consultation.

* SELVINI M. Contexte et métacontexte, Thérapie familiale, 1981, 2, p.19 à 27

3. Le problème , le symptôme

Apparemment, il semble banal de s’intéresser automatiquement aux symptômes du problème. Cette démarche nous raconte l’auteur est tellement culturel, qu’elle est même ancrée dans notre langage  » Si … c’est à cause de… »

Or Paule LEBBE-BERRIER invite à s’orienter vers la recherche de la fonction du symptôme sans s’acharner à l’éliminer avec des solutions rapides, efficaces et définitives.

4. L’homéostasie/rétroaction évolutive/changement

Guy AUSLOOS, pédopsychiatre reprenant les travaux de Lynn HOFFMAN définit l’homéostasie comme  » une modalité d’équilibration du système, qui lui permet de garder une stabilité suffisante, au travers du temps et des évènements. Cette équilibration est la résultante de la tension antagoniste entre deux tendances fondamentales, la tendance au maintien et la tendance au changement. L’homéostasie n’est donc pas un état que l’on atteint, mais un niveau dynamique« *

* LEBBE BERRIER P., Pouvoir et créativité du travailleur social, ed. ESF, 1988, p.41

LEBBE-BERRIER P., Pouvoir et créativité du travailleur social, ed. ESF, 1988, p.41

La rétroaction évolutive

LYNN HOFFMAN a tenté d’élargir ce concept d’homéostasie, en s’appuyant sur ce que PRIGOGINE, scientifique belge, prix Nobel de chimie a appelé la « rétroaction évolutive » . Un mouvement qui n’est qu’une fluctuation dans un système à un moment donné, peut subitement devenir, à un autre moment, la base pour un nouvel arrangement du système: l’évolution du système va spontanément vers des situations qui sont moins probables » dit PRIGOGINE.**

**LEBBE-BERRIER P., Pouvoir et créativité du travailleur social, ed. ESF, 1988, p.41-42

« Prigogine a montré que, contrairement à ce que l’on croyait, dans certaines conditions, en s’éloignant de son point d’équilibre, le système ne va pas vers sa mort ou son éclatement mais vers la création d’un nouvel ordre, d’un nouvel état d’équilibre. Les situations extrêmes recèlent la possibilité de créer une nouvelle structure. On voit ici la possibilité de recréer du vivant, de l’organiser là où il n’y avait plus que du chaos. » (Wikipédia)

Le Changement

Présent en saturation dans la genèse de nos professions d’accompagnants, le changement n’en reste pas moins assez peu étudié, ni même exposé sur la place publique du langage autorisé.

Paule LEBBE-BERRIER livre quelques courtes réflexions à ce sujet.

Pour Paul Watzlawick, « plus ça change plus c’est la même chose » ( P. WATZLAVICK et coll. Changements, paradoxe et psychothérapie, Le Seuil, Paris, 1975)

Lynn HOFFMAN parle quant à elle de changement discontinu par bonds successifs, généralement en lien avec des étapes de développement, de maturation, de crises.

5. La triangulation/coalition/alliance

L’alliance s’entend comme la réunion de deux personnes en fonction d’un intérêt commun, alors que la coalition est un processus d’action commune de deux personnes, au moins, contre une ou d’autres personnes.

« Quant à la triangulation telle que BOWEN*, l’a définie en 1956, elle consiste à intégrer dans une dyade émotionnelle, en difficulté, une autre personne qui formera un triangle. le triangle est en effet l’élément de base de tout système émotif, le plus petit des systèmes de relations stables. En période d’intimité de la dyade, la troisième personnes, l’outsider cherchera à faire alliance avec l’un des deux personnes; en période de conflits entre alliés, chacun essaiera d’obtenir cette position d’outsider, plus confortable. Si les tensions persistent, une quatrième personne peut être triangulée et même d’autres au besoin.  » C’est ainsi que des travailleurs sociaux différents pourront être triangulés et entreront parfois en conflit entre eux, à propos de la famille!

*BOWEN M., La différenciation du soi, ESF, Paris, 1984

Ces 5 concepts phare et leurs dérivés peuvent permettre aux travailleurs sociaux , de faire des liens entre ces éléments et de les intégrer dans leur méthodologie d’analyse, afin de clarifier leur position.

Si vous souhaitez approfondir, je vous conseille la lecture de la deuxième partie du livre de PAULE LEBBER-BERRIER traitant de l’analyse des jeux d’interaction ou de vous appuyer sur la référence de l’Ecole du Paradoxe donné ci dessous.

Quelques outils pour sortir du triangle des bermudes

Tirés de l’école du Paradoxe: Irène BOUAZIZ, Pierre-Jacques PARTHE, Chantal GAUDIN

Le grand intérêt de ces représentations des interactions est de permettre d’avoir une vue globale de la situation, avec les personnes en présence, et en même temps une vision focalisée sur les messages envoyés par les uns et les réponses données par les autres à un instant donné, dans un contexte donné.

En dessinant ces boucles interactionnelles, l’histoire, parfois pleine de bruit et de fureur, que nous raconte notre interlocuteur se trouve, en quelque sorte, mise à plat sur l’écran de nos pensées ou sur un papier.

retrouvez dans ces outils: des boucles injonctions/contextes permettant un décodage systémique des problématique humaines

Retrouvez l’intégralité du process de ces outils avec des exemples cliniques sur le site de l’Ecole du Paradoxe : https://www.paradoxes.asso.fr/2015/10/boucles-injonctions-contextes-un-decodage-systemique-des-problematiques-humaines/

bibliographie

LEBBE-BERRIER P., Pouvoir et créativité du travailleur social, une méthodologie systémique, ed. ESF, 1988

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