Quelques pistes pour la fin d’un accompagnement

Henri CARTIER BRESSON

De la même manière que l’on s’interroge comment mener un accompagnement, il est intéressant également aussi de s’interroger sur comment acter la fin d’un accompagnement. Pour comprendre comment la fin d’un accompagnement peut être mené, il suffit d’observer comment on débute un accompagnement. En général un début et une fin, c’est assez similaire. A moins de considérablement évoluer en termes d’outils entre les deux, pour terminer un accompagnement, on a généralement tendance à utiliser les mêmes outils que l’on a utilisé pour le débuter.

Bien évidemment cet article n’a pas pour but de vous donner la marche à suivre mais plutôt à vous apporter un éclairage par des questionnements sur cette partie de l’accompagnement. Par conséquent, je vais vous écrire de la place où je suis.

Comment s’amorce la fin d’un accompagnement? diverses hypothèses peuvent être au rdv s’agissant d’un travail réalisé au domicile:

  • la fin d’une mission ( l’accomplissement d’un objectif)
  • le départ de l’enfant, l’adolescent, ou l’adulte du domicile (l’entrée en institution ou service, l’entrée en formation …)
  • le déménagement de la famille/ un changement dans le système familial
  • un changement de décision de la part de la famille
  • l’usure professionnelle
  • un désaccord avec la famille
  • Cette liste est non exhaustive …

Pourquoi s’intéresser à ce moment particulier de la fin d’un accompagnement? Car selon moi l’éducateur exerçant en libéral y est davantage confronté et de façon directe. C’est pourquoi s’y préparer me semble important. Bien évidemment lorsque l’on commence un accompagnement , on ne pense pas forcément au moment où cela va s’arrêter or cela peut intervenir plus vite que l’on ne pense . Il faut pouvoir l’intégrer dans son process de travail. Sans le rendre anodin, il convient de prendre ce moment à sa juste valeur.

Envisager une rupture dans le cadre d’un désaccord ne me parait pas incohérent. Même si nous déploierons toutes sortes de techniques pour l’éviter, il est parfois inévitable. Ne nous le cachons pas, ce n’est pas une partie de plaisir mais cela peut faire partie intégrante de notre travail. C’est important de savoir acter une fin d’accompagnement en mobilisant toute nos ressources de médiation.

Cette fin s’établira au mieux des capacités du moment du professionnel. Il ne m’appartient pas de vous établir une marche à suivre. L’essentiel est de suivre votre éthique professionnelle.

Pour ma part, je ne considère pas le fait de se déclarer ne plus être disponible dans l’avenir pour accompagner quelqu’un, soit contraire à ma profession. Admettre qu’il puisse y avoir une fin, c’est même très sain. Je n’ai pas envie d’alimenter le fantasme de la disponibilité infinie de l’accompagnant. C’est de l’ordre de la vie de se séparer à un moment ou à un autre. Pourquoi ne le serait ce pas aussi dans la sphère de l’accompagnement ?

Ce qui est propre à chacun de nous, ce sont les points autour de la gestion de la séparation, du au revoir, des limites posées, des raisons de partir ou des raisons de rester encore… Cela est propre à ce que nous sommes et à ce que nous avons vécus. Certains seront plus ou moins à l’aise à déployer en eux mêmes leurs droits d’être entendus, leur droit d’être en désaccord, leur droit de vouloir arrêter.

En dehors de la prise en compte de l’individualité de chaque professionnel, différents outils peuvent être posés dans le cadre de cette fin:

Tout d’abord à destination des familles:

  • une lettre
  • un rendez-vous dans un lieu neutre
  • proposer l’intervention et le soutien auprès d’un cabinet libéral si besoin

Concernant l’enfant, l’adolescent ou l’adulte handicapé, l’anticipation ou pas est à estimer en fonction des capacités de compréhension et de gestion de la frustration de la personne:

  • un calendrier jusqu’au jour du départ
  • Le jour J un partage plaisir avec la personne (sortie, activité, restaurant, gâteau, glace…)
  • La délivrance d un cadeau comme un carnet de photos souvenirs des différents moments partagés ( particulièrement adapté pour les personnes ayant un langage verbal peu développé mais pour les autres autres aussi!)
  • un moment vidéo peut être réalisé pour l’occasion aussi
  • câlin, chanter une chanson , réaliser quelques pas de danse pour initier le départ physique si il y a trop d’émotion

Peu importe la raison qui motive la fin d’un accompagnement, l’essentiel est de réussir à le préciser à la personne et cela est un exercice ultime mais nécessaire lorsqu’il s’agit d’exercer en indépendant. Si dans le cadre de vos outils de travail, vous réalisez de la supervision individuelle ou collective auprès d’un professionnel de l’accompagnement, parlez en lui et travaillez ce moment en amont.

Comme je le précisais au début, savoir terminer un accompagnement c’est savoir le débuter aussi. Pour vous donner des pistes de travail, interrogez vous sur la manière dont vous débutez l’accompagnement:

  • Sur quelles valeurs fondez vous votre manière de travailler avec la famille?
  • Est ce nécessaire d’établir un contrat? avec une date de fin?
  • Vous faut il des temps de bilans régulièrement?
  • Comment recueillez vous la parole de la famille, de l’enfant, l’adolescent, l’adulte accompagnés? Ses éventuelles demandes?
  • Laissez-vous entendre dès le début le caractère passager de votre intervention?
  • Fixez-vous une date éventuelle où sera questionnée la continuité ou pas de votre action?
  • Permettez vous d’envisager un relais avec un/e éducateur/rice si la situation le nécessite? l’annoncez vous à la famille?
  • En cas de difficultés, avez-vous en tête les possibilités qui s’offrent à vous en terme de relais , d’orientation vers d’autres professionnels, en cas de suspension ou d’arrêt de contrat?

Ce sont des petites questions qu’il est intéressant à se poser pour envisager au plus tôt la fin d’un accompagnement et ne pas se laisser dépasser par les évènements. Les familles qui font appel à nous sont souvent en grande demande, avec des attentes multiples et avoir déjà réfléchi et être au clair avec ces questions-là, permet de se sécuriser et de pouvoir apporter un cadre d’intervention bien défini.

Enfin ce qui reste important dans le cadre d’une fin d’accompagnement c’est la prise en compte de vos limites ainsi que de la fatigue ou de l’usure ressentie dans une situation . Le métier d’éducateur en libéral est un métier où l’on donne beaucoup surtout lorsqu’il s’agit de travail à domicile, c’est pourquoi il faut envisager cette question de la fin de l’accompagnement , comme une question sérieuse et indispensable.

L’activité sociale libérale: des préjugés issus d’un inconscient collectif culturel institutionnel

L’activité libérale fait place à un nombre de préjugés issus de l’inconscient collectif. Parmi eux, j’en ai identifié deux qui sont à l’œuvre dans l’exercice libéral du travail social : l’absence/l’arrangement avec l’éthique, la recherche du profit.

Il est utile pour moi de m’arrêter dans le cadre de cet article non pas sur ces deux points mais sur ce qui expliquerait ces préjugés infondés. Même si peu affichés clairement par le plus grand nombre, ces préjugés restent néanmoins en tête et réapparaissent, à tout moment lorsque l’acteur/l’activité libéral/e du travail social est pour quelque raison que ce soit, mis sur la sellette.

Afin d’expliquer pourquoi ces deux points seraient pour moi au cœur d’un inconscient collectif culturel institutionnel, je voudrais faire une réflexion générale sur l’institution.

Le mot libéral est un dérivé du mot liberté. Liberté d’entreprendre.  

Il est des pays où ce terme de « libéral » ne recouvre pas autant de préjugés qu’en France. Force est de constater que c’est en France où l’activité libérale non sans être formellement décriée, est sans cesse projetée dans une dualité avec le secteur public. Je pense que réside là une exception française. J’accorderai à ce fait là, qu’il puisse trouver sa source dans la particularité de l’état Providence c’est-à-dire d’un Etat français qui se réclame solidaire et portant assistance aux plus démunis.

Le service public en France est une institution qui sert les valeurs fondant la république. C’est également une institution qui est l’expression et la garantie de l’ordre social. Néanmoins comme toute institution, elle opère en elle-même sa finitude. D’aucuns diront avoir déjà pu se heurter à ce qui s’apparente bien à des limites de fonctionnement de l’institution. Néanmoins pour que l’institution perdure, il faut qu’elle fasse corps face à toute sortes d’éléments qui représentent l’extérieur /l’étranger qui viendraient réinterroger sa finitude et sa limite d’action. Pour une institution, s’ouvrir au fait qu’il puisse naître un projet construit à partir d’une difficulté rencontrée en son sein, est difficile à admettre. Difficile mais pas impossible. L’institution se développe en intégrant, avec plus ou moins de rapidité, de logique et d’aisance, des éléments extérieurs nouveaux à son projet. C’est ce que les institutionnalistes nomment : l’échec de la prophétie. Pour faire simple, l’institution nait d’une idée, d’une valeur à mettre en avant, des groupements d’hommes s’organisent. Cela grandit et nécessite l’établissement d’une nouvelle organisation plus poussée, toujours portée par l’idée d’atteindre l’objectif initial de la fondation.  Il est démontré que les institutions toutes suivent le même chemin à savoir la bureaucratisation qui serait une forme perverse d’une organisation trop poussée. Quand on fait du moment bureaucratique un absolu, on tombe dans le travers bureaucratique : objectiver les acteurs, leur faire oublier leur responsabilité, appliquer des instructions mais sans toujours en comprendre la signification. Bref, arrive à ce moment là un point de bascule, où l’institution non seulement finit par desservir ce pour quoi elle s’est créée mais elle finit par desservir avant toute chose les hommes qui la constituent. Des hommes qui pour beaucoup la quittent…Des hommes qui veulent continuer à faire vivre la valeur initiale du projet institutionnel.  

Et c’est bien là où je veux en venir pour introduire l’activité libérale… Certes il n’y a pas de tout blanc ou tout noir. Mon propos n’est pas de dire que l’activité libérale du travail social est rejetée. Non elle ne l’est absolument pas. Elle se développe tout à travers le territoire. Il y a des institutions qui commenceraient à intégrer (pour toute sortes de raisons) cet extérieur. C’est ce que les institutionnalistes appellent « L’effet Mühlmann » c’est-à-dire le processus par lequel des forces sociales marginales ou minoritaires ou anomiques (ou les trois à la fois) prennent forme et sont reconnues par l’ensemble du système des formes sociales déjà là. L’institué acceptent l’instituant (celui de l’extérieur) lorsqu’il peut l’intégrer. Pour être totalement valable, cette intégration devrait rendre équivalent l’instituant aux formes déjà existantes. Ce qui est un grand challenge ma foi.

Cela permet de mieux comprendre ce qui se joue dans la circulation inconsciente de préjugés sur les acteurs du travail social libéral et particulièrement ces deux points : l’absence d’éthique et la recherche de profit.  L’acteur social libéral représente un peu malgré lui, un étendard de ce qui est limitation dans les institutions et c’est pourquoi l’institution a tant de mal parfois de voir arriver ce nouvel acteur du travail social. Ce dernier met l’institution face à sa limite. Sans rentrer dans le détail du mouvement de l’analyse institutionnelle, il y a dans le travailleur social libéral quelque chose qui est difficilement soutenable par l’institution elle-même et qui la met dans une dissonance cognitive très importante. Ainsi plus grande est la peur, plus grande est l’attaque pour s’en défaire (parfois inconsciemment).  Les deux points notés en préambule de cet article ne sont pas anodins, ils sont le fondement même de l’institution du service public: l’éthique et la gratuité. Reproché ainsi à un travailleur social libéral son absence ou ses libertés par rapport à son éthique ainsi que sa recherche de profit c’est l’expulser loin pour ne pas l’intégrer et faire évoluer l’institution. Non seulement il est complètement faux d’assimiler l’activité libérale à une absence d’éthique et une recherche de profit mais il est mortifère pour une institution de continuer dans ses codes établis simplement parce que la crainte de l’extérieur est plus forte que de déploiement d’une ouverture sur l’extérieur. .  

Merci de m’avoir lu, Virginie


 

Deux types d’éducateurs libéraux

Selon moi, il y a aujourd’hui deux types d’éducateurs spécialisés/moniteurs éducateurs se lançant en libéral:

  1. Les éducateurs sortant d’un emploi en institution ( ou pas) pour se lancer en libéral par l’intermédiaire de contrats organisés par une autre institution. Dans ces contrats proposés pour financer l’intervention à domicile, le rôle de l’éducateur est un rôle d’exécutant. Un exécutant éducatif qui est sollicité en dernier lieu pour accomplir le travail sur le terrain mais pas pour élaborer le projet en amont.
  2. Les éducateurs indépendants, eux, construisent leur travail en direct des familles. Du recueil de la demande jusqu’à l’accomplissement du projet, le rôle de l’éducateur revêt un rôle de directeur éducatif. Au sens que cet éducateur valide de lui même le sens à apporter à son action, avec évidemment tout un processus d’entretiens auprès des partenaires, des familles et des personnes accompagnées. Il est en outre, en capacité de faire évoluer le projet selon ses propres valeurs. Cette direction est non moins nuancée par l’expérience, la collaboration avec les acteurs du territoire ainsi que les moyens de supervision ou d’analyse des pratiques professionnelles. Ces éducateurs accomplissement donc un projet global.

La différence entre ces deux types d’éducateur est notable et était pour moi importante d’être décrite dans cet article.

L’exercice de mon métier en indépendant requiert pour moi des impondérables que je vais tenter de lister ici:

  • La rencontre avec la demande du terrain: la demande des familles, la demande d’un résident/patient, la demande d’un partenaire, la demande d’une équipe médicale, d’une équipe pédagogique. Cette demande pour moi est indispensable dans le process du travailleur indépendant. Cela prend la forme d’un entretien au domicile ( souvent complété par un entretien avec les partenaires de la situation). Cet entretien est la première rencontre. Celle de la présentation. La famille dépose les difficultés rencontrées et des éventuels besoins. A cela se pose notre proposition de moyens à mettre en oeuvre. Une proposition souvent spontanée et s’affinant avec le temps. Mais c’est un premier jet. des premiers mots formulés auprès des familles qui permettent à ces dernières de se décider à choisir notre intervention. C’est le début de la confiance accordée.
  • La construction du projet d’intervention arrive en second temps. Passé les premières pistes évoquées lors de l’entretien, se pose de façon plus dessiné, ce qui peut se concrétiser. En repensant aux propos formulés lors de l’entretien, d’autres idées peuvent naitre. Des regroupement avec des situations déjà vécus, des accompagnements similaires ect. Et puis la capacité de créer à partir de l’inconnu.
  • Lors des premières interventions auprès du jeune ou de l’adulte, se créent le lien et le travail éducatif qui en découle. L’aventure de l’accompagnement prend forme et la partie visible de l’iceberg apparait.
  • Les moyens d’accomplissement du projet sont engagés : rencontre partenaires de la situation, contact/échange réseau, point bilan avec la famille, supervision individuelle, formation professionnelle… ect

Ainsi pour moi le travail d’éducateur commence dès l’entretien avec la famille. Il ne saurait se résumer qu’à la partie visible de l’iceberg c’est à dire aux interventions calés dans un agenda prise par des organismes organisant la venue de professionnels au domicile.

Ôter 60% de la mission d’un éducateur spécialisé libéral, c’est bien dommage et c’est surtout bien ignorer ce qui motivent les éducateurs qui se lancent en libéral et qui souhaitent retrouver un sens à leur action. Résumer le travail d’éducateur spécialisé à son rôle d’exécutant c’est sous évaluer notre métier et malheureusement c’est ce qui est proposé dans ce qui aujourd’hui est officialisé par les ARS par l’intermédiaire d’institutions dans chaque région. Ce sont je l’espère des propositions qui évolueront avec le temps car nous sommes aux prémisses de ces organismes. En tout cas, ce sont des propositions qui ne peuvent pas satisfaire les éducateurs qui réalisent leur métier à 100%.

Virginie

Mettre le holà

Alice Neel

Lorsqu’on est habitué à œuvrer au service des gens, on a une tendance principale à laver la vaisselle sale des autres. C’est une habitude qu’on a pris. Endosser ce qu’on ne doit pas endosser.

Faire le travail du « non » et du refus est alors nécessaire à mettre en place. En général il intervient après un schisme à l’intérieur de nous car la vaisselle sale des autres s’accumule et l’on devient vite débordé. Et l’abus de l’autre devient de plus en plus flagrant. Le temps passé à laver la vaisselle sale de l’autre est un temps perdu à ne pas vous occuper de vous. C’est une spécialité du travailleur social, ne nous cachons pas. Mais le travailleur social est un être humain donc on peut supposer que ce soit le lot de beaucoup d’autres personnes.

Retrouver son autoroute du pouvoir et arrêter de se charger de la merde des autres est de l’ordre alors de la survie.

Reconnaître que la situation n’est pas normale. Et y mettre un holà.

De quelle manière? En vous demandant comment vous vous sentez et en validant votre premier ressenti. D’où qu’il vienne. Ne surtout pas le mettre de coté. Valider votre ressenti et juste votre propre ressenti, c’est le début de votre chemin à vous.

Je dis  » juste votre propre ressenti », car en général face à cela, l’autre va vous inventer des ressentis qui correspondent à l’histoire qu’il se raconte et qui sert à son problème. On reconnait lorsqu’on met un holà lorsque l’autre réagit avec véhémence à votre refus. En général l’abuseur nous demande d’être et de faire ce que lui a décidé pour nous et que pour lui , chose importante, c’est la seule alternative à SON problème. Nous risquons alors de devenirs la pâte à modeler de cette personne qui ne voit alors aucun problème à nous faire endosser la responsabilité de ses manques.

En s’appuyant sur le manque d’amour que nous avons de nous-même évidemment! Parce qu’autrement cela n’aurait pas de prise.

Cela vaut dans la vie pro comme de la vie perso.

Pensez-y.

Qu’est ce qui fait se lever le matin?

Chris Kenny

Qu’est ce qui fait se lever le matin? Quelle est la fonction première de vivre? Tout cela n’est pas défini à l’avance et se dessine au fil du temps et des rencontres.

Combien de fleurs de gens avons-nous autour de nous, pour nous aider à faire notre miel? Qui profite de notre miel? Cela peut paraître bizarre de se poser ces questions mais finalement c’est essentiel pour mieux se connaitre. On peut à tout moment décider comment, et avec qui nous pouvons nous accomplir dans ce que nous sommes vraiment. Nous pouvons arrêter d’écouter ceux qui nous jugent et nous blessent. Nous freinent, nous rabaissent. On peut à tout moment dire stop. Ne plus accepter l’inacceptable.

Il est des instants si inconsistants qu’on ne peut continuer à vivre qu’en renaissant. Il est des instants si odieux qu’on ne peut continuer qu’en innovant.

C’est bien par la création que se confirme ce que nous sommes. Pas par la copie, ni par l’écoute désespérée des autres. Ceux qui insistent pour qu’on les écoute nous parler de nous-même n’ont que très peu compris en quoi consistait réellement vivre. Laisser sa trace au monde. Créer.

Les défis lancés par la création de sa vie sont infinis. Et c’est bien en cela qu’ils nous élancent vers nous-même. Créer c’est gérer l’éco-système de soi. Et ça , personne ne peut te donner le mode d’emploi. Comment peut on écrire ce mode d’emploi que personne ne peut nous donner? Comment peut on éprouver plus d’émancipation? gérer les points de frictions? trouver des équilibres? traverser les crises? construire ta connaissance? s’autoriser le plaisir? élaborer ta confiance? choisir tes projets et ta vie? Quand j’écris ou que je porte un projet, je crée et à partir de là toutes les réponses sont radieuses. Car je donne vie à ce que je suis.

L’espoir grillé

Ana Montiel

Il existe tellement de choses qui anéantissent pour un instant, la beauté de la vie. Tellement de choses qu’on ne voudrait pas vivre et pourtant nous les vivons.

Ces moment où l’espoir grille d’un coup sans crier gare. Comme si le paysage entier transpirait d’une odeur sinistre alors qu’il était si onctueux à nos yeux, il y a encore deux minutes.

C’est le coup de grisou d’un espoir qui s’embrase. Vous connaissez?

On voudrait alors qu’il n’en soit rien , on voudrait alors ne pas avoir entendu, ni vu, ni ressenti ce que nous avons vécu. On voudrait aussi n’avoir pas autant nourri et porté ce doux et ce précieux espoir chiffonné. Parce qu’on y croyait, parce qu’on en rêvait. Parce qu’on voulait le voir grandir. A tant de rêves, il répondait.

Car derrière tout espoir, il y a un rêve. Vous le connaissez ?

Le rêve part- il en même temps que l’espoir qui s’évanouit ? ou fait il un dernier tour?

Moi je pense qu’il dissipe l’odeur grillé des espoirs déçus et qu’il part continuer ailleurs… là où il ne meurt .

En tête à tête avec sa colère créative

Juan Palomino

Personne ne mérite d’être maltraité émotionnellement. Pourtant cela arrive et souvent par des personnes très proches de nous.

L’abus émotionnel est une forme de lavage de cerveau qui érode lentement l’estime de soi, la sécurité et la confiance de la victime en elle-même et en d’autres. À bien des égards, il est plus nuisible que l’abus physique, car il désintègre lentement le sens de soi et la valeur personnelle.

La colère d’avoir été maltraité et abusé émotionnellement est légitime. Et c’est pour aborder ce point précis que j’écris cet article. La colère est un sentiment intense éprouvé en réponse à une frustration, une injustice, une blessure, une déception, ou une menace. La colère pourrait présenter certains avantages.

Se servir de la colère comme un moteur pour vous propulser vers l’avant pour avancer et pour vous reconstruire n’est pas de l’ordre de la fiction! En revanche en perpétuant l’envie de vengeance auprès de la ou les personnes vous ayant fait du mal , vous allez indirectement donner l’autorisation à la colère de vous contrôler encore davantage. Car elle est bien là, la subtilité de la colère, en même temps qu’elle nous insuffle l’essence pour repartir, elle peut aussi nous clouer sur place pendant bien longtemps.

A l’opposé de l’envie de vengeance générée par une colère stagnante, la colère créatrice te fait te lever un matin et ne plus accepter certaines choses . Elle te donne l’énergie folle de commencer à poser les actions qui vont constituer la nouvelle donne de ta vie.

Utilisez cette colère à votre plus grand avantage. Saisissez la et regardez la par tous ses angles, il y aura forcément un angle qui inspirera vos constructions futures. Ce n’est pas une fiction, encore une fois, je le répète.

Ce scénario est le seul permettant de retrouver votre équilibre. Mettez toute votre énergie pour trouver des solutions afin de remédier au déséquilibre béant crée par l’abus subi. Arpentez votre chemin dans tout les sens si il le faut pour vous guérir de vos blessures et pour reprendre petit à petit le gout à la vie.

Il n’y a pas de plus belle victoire que celle qui est née au plus profond de nous même, en tête à tête avec sa colère créative.

Merci de m’avoir lu!

Virginie

Au service de l’humain

Jamie mills

Il faut être reconnaissant envers un être humain qui sert un autre être humain. Au bout du compte, ce ne sont pas des discours politiques, gestionnaires d’hommes-ordinateurs dont nous nous souviendrons, mais d’un geste , d’un sourire d’un être humain au service d’un autre être humain qui saura nous marquer à jamais. Et vous, que faites vous pour servir l’humain aujourd’hui? Que ferez vous demain? que pourriez vous faire que vous n’osez pas?

Le travail en réseau

Chris Keegan

Qu’est ce qu’un travail en réseau?

Au cœur de mon activité depuis le début, la réflexion du travail en réseau est un point essentiel lorsque l’on se lance en tant qu’éducateur spécialisé indépendant.

Qu’est ce que j’envisage pour mon activité? Comment je compte le mettre en place? Evidemment le postulat de la toute puissance de l’indépendance est de suite heurtée par la rapidité du terrain. On n’agit pas seul mais on agit uniquement en notre nom. On inscrit notre travail dans un travail global qui est sensé se coordonner avec les autres interventions des professionnels sur le terrain ou des prescripteurs de la demande. Pas facile n’est ce pas?

Aussitôt que se créent les premières situations de travail, aussitôt arrive le principe du travail en réseau avec les professionnels intervenant auprès de la personne. Dire qu’un éducateur qui se lance en indépendant parce qu’il est frustré d’un travail institutionnel contraignant est pour longtemps un grand fantasme. En aucun cas, se lancer en indépendant signifie s’extraire d’un travail partenarial et d’un travail de réseau. Bien au contraire! cela le rend plus visible et il est beaucoup moins facile d’élucider ce problème ou de s’en écarter. La communication s’impose alors à un moment ou à un autre. Et ce, de façon beaucoup plus proche et plus impliqué que lorsque l’on travaille en institution. Et cette communication est incontournable puisque nous travaillons en notre nom.

Je pense toujours valable le conseil de se faire de l’expérience en association ou établissement public avant de se lancer en indépendant. Pourquoi? parce qu’il n’y a que le terrain institutionnel qui permet de s’imprégner des grandes subtilités que recouvre l’accomplissement des projets personnalisés des personnes accompagnées. J’entends par là le travail d’équipe, les hiérarchies institutionnelles, les enjeux budgétaires ect… On agit mieux en indépendant lorsqu’on en a eu l’expérience du travail en institution. A mon sens, c’est un prérequis indispensable.

Le point central que je souhaite aborder dans cet article est plus précisément le travail en réseau.

Joli mot qui signifie le travail en collaboration. De quoi il en retourne? Pour moi, un travail en réseau est un travail marqué par des échanges équitables et réciproques. Contrairement à un travail partenarial avec un contrat, le réseau est lié par un accord tacite entre ceux qui ont décidés de collaborer. Impliquant les deux partenaires de réseau dans un partage égal des connaissances. Une franche communication est donc de mise. Mais pas que . La confiance aussi . Sentir que le partenaire en face de soi est dans la même capacité d’échange, de volonté d’avancer et de progresser tout en n’abusant pas de l’autre, est pour le moins une base. Il peut naître des liens forts lorsque l’on construit son réseau et ces liens sont déterminants dans l’accomplissement de la mission de l’éducateur spécialisé indépendant.

Ainsi je ne crois pas au mythe du travailleur social indépendant qui travaille sans se connecter avec ses confrères et consoeurs installés dans les environs. Sans partage, sans construction d’un échange égalitaire, ni même volonté de communiquer.

J’ajouterai aussi que la connivence entre partenaires d’un même réseau s’effectue au travers d’une même vision du métier d’éducateur indépendant. Une pratique et des moyens similaires. Bien sûr des avis contraires peuvent exister mais concernant l’exercice en indépendant il y a des impondérables.

Par conséquent, un réseau demande du temps et de la disponibilité pour s’épanouir mais il doit avant tout, se concevoir dans une vision globale d’un collectif où l’on se demande avant tout autre chose, qu’ai-je à apporter à ceux avec qui je vais travailler en réseau?

Bien sûr ces propos n’engagent que ma vision des choses.

Virginie

Ce que personne n’aurait pu imaginer

Claire Youngs

Nous avons tous été un jour sous estimés, bafoués et donnés perdants. Dans ces moments là, nous avons eu la sensation que tout était fini. Mais c’est au moment même où l’on ne nous donnait plus aucune chance que nous avons trouvé la force de continuer et la force de se battre.

Nous sommes revenus alors que tout le monde nous avait oubliés .

Et puis nous avons fait ce que personne n’aurait pu imaginer.

Même au plus bas, de ce bas qui nous est donné par le destin, nous pouvons toujours remonter.

Toujours.