Publié dans Carnet de notes, Non classé

Accompagner une personne pour construire sa valise à ressources

Yves Klein

Je voudrais dans cet article vous présenter un outil à développer lorsque vous avez l’impression que la personne que vous accompagnez s’enferme dans sa problématique psychique et entretient de façon morbide son symptôme essayant par la même occasion de vous entrainer dans l’accomplissement de cette tâche. Oui la relation éducative a des travers , elle n’est pas toute rose! Je pense que c’est un outil qui peut être développé auprès de tout public enfant/ado/adulte avec capacité intellectuelle.

Cet outil m’a été soufflé par Grégory Delvacque, thérapeute en systémie familial avec qui je fais mon analyse de la pratique professionnelle. Le travail social c’est l’histoire d’une longue chaine, on s’inspire les uns des autres, et à l’origine Gilbert PREGNO, psychologue a été le premier à parler de valise à ressources.

  • Pour introduire le travail de la valise à ressources: le principe est de proposer à la personne de DESSINER SON GENOGRAMME ( à la hauteur de ses capacités ) . Toute médiation artistique est possible. A voir ce qui parait faisable sur le moment. Un simple crayon et une feuille peut faire l’affaire mais les possibilités sont infinies: D’autre idées sont développées dans le livre Les génogrammes d’aujourd’hui, de Ivy DAURE et Maria BORCSA aux editions ESF.
  • puis vous lui proposez d’apposer un ou des TRAITS de PERSONNALITES à ses parents et plus si vous sentez la personne prête à continuer avec ses grands parents, frères , soeurs, oncles, tantes… Au préalable , se constituer une liste de traits de personnalités me parait judicieux.
  • A partir de ces traits de personnalités , vous invitez la personne à dégager les VALEURS qui se dégagent de ces traits de personnalité et qu’elle identifie de ses parents , de ses grands parents, ect… L’idée est de l’ amener à voir la densité des personnalités de sa famille et comprendre si besoin pour elle, le caractère soit dysfonctionnelle ou ressourçant des membres de sa famille . Pour une personne souffrant de trouble de l’attachement, c’est un exercice intéressant car les parents sont parfois mis sur un piédestal. Cet exercice aussi permet de mieux comprendre aussi ce que l’on appelle le « script familial » c’est à dire les attentes familiales transmises et les transmissions de rôles ect…
  • A partir de ce travail amorcé sur le génogramme, vous pourrez proposer l’ELABORATION DE LA VALISE A RESSOURCES comportant 3 « compartiments » amenant la personne à réfléchir sur sa propre composition à elle:
  1. Quelles sont les ressources/valeurs dont elle a pris/hérité de sa famille?
  2. Quelles sont les ressources/valeurs qu’elle a cultivé par elle- même, et ne venant pas d’un membre de sa famille?
    3. Quelles sont les ressources/valeurs qu’ elle a emprunté à des amies/collègues ou personnes significatives extérieures à sa famille ( artiste, écrivain, ect…)?

Pour permettre cette réflexion autour des valeurs, quelques outils peuvent vous être utile. Pour ma part, j’ai été à la rencontre du livre « Je suis comme je suis » d’Isabelle Nazare Aga qui reprend la définition des valeurs et également des « contre valeurs » . Ainsi qu’ un jeu de cartes intitulé  » valeurs ajoutées » , jeu conçu par Anna Edery, Marie Edery et Manuel de Sousa; qui regroupe 7 familles de 7 valeurs et 3 jokers, c’est une manière ludique de découvrir les valeurs avec la personne et lui permettre de construire sa valise à ressources. Là encore les possibilités en terme de formes sont libre à chacun.

  • Et enfin QUELQUES QUESTIONS EN OUVERTURE pourraient venir clôturer cet accompagnement : « Lorsque vous êtes en difficulté, quelle ressource/valeur  » vous actionnez, dans ces 3 compartiments? « Vous correspond t elle? ou voulez-vous la changer? »
    …et à partir de cette valeur, quelle action vous permet de la concrétiser dès demain?

Voilà en espérant que cela vous parle 🙂 A adapter évidemment en fonction de la capacité d’attention et de mobilisation de la personne. Des séances courtes et ludiques avec du matériel peuvent s’organiser. L’idée est d’amener la personne à réfléchir à toutes les ressources qu’elle a en elle.

Merci de m’avoir lu! Virginie

Publié dans Carnet de notes

Pistes et ressources pour accompagner des personnes sur le sujet de la vie intime et sexuelle

J’écris cet article pour répertorier quelques outils et ressources pour enclencher un travail autour de la vie intime et sexuelle chez un enfant , adolescent et/ou adulte handicapé nécessitant un accompagnement spécifique.

En premier lieu, pour accompagner sur ce sujet, on ne serait que trop conseiller de ne pas être seul et de se rapprocher des professionnels qui dans le cadre de l’exercice de leur travail sont amenés à aborder et à traiter le sujet de la sexualité. Dans le domaine de la sexologie: vous trouverez un professionnel sur le site du syndicat national des sexologues cliniciens: snsc.fr. Dans le domaine de la santé publique, il y a le planning familial: https://www.planning-familial.org/fr.

Cet article concerne l’accompagnement éducatif d’un public avec des besoins spécifiques comme l’ autisme, la déficience intellectuelle, le trouble de l’attention, les troubles psychiques, ou la jeunesse en général ect. Le travailleur social en exercice indépendant ou en institution a aujourd’hui de nombreuses pistes qui s’offrent à lui. Sheila WAREMBOURG, formatrice en sexologie et en santé publique préconise l’action suivante :

  • Commencer dès le plus jeune âge un cahier sur le principe d’un cahier à thématique avec la photo de l’enfant et sa silhouette. Cet outil nous explique t elle peut servir de support dès l’enfance pour accompagner les notions élargies d’hygiène, de corps, d’émotions et de permettre d’apprivoiser la puberté avant qu’elle n’arrive. Ce cahier permet de mettre des MOTS et des IMAGES sur les parties du corps, les émotions, les réactions ect…

Pour construire ce cahier, de nombreux supports graphiques sont accessibles sur la toile:

  • santé BD (santebd.org): un site internet mettant à disposition gratuitement des planches BD pour travailler tout ce qui concerne les rdv médicaux. Il y a une planche sur la puberté.
  •  » Des femmes et des Hommes » Mallette pédagogique payante mais dont vous trouvez 118 pages gratuites d’illustrations issues de la toute première édition de la mallette et qui suite à la nouvelle édition de la mallette, est partagé gratuitement:https://docs.google.com/viewerng/viewer?url=https://cerhes.org/wp-content/uploads/free-downloads-files/temp-files/01107028700.pdf
  • Les pictogrammes accessibles gratuitement sur le site: https://sclera.be/fr/vzw/home dans la catégorie corps , sexualité: de nombreux pictos simples sur toute les notions concernant la sexualité: ex: préservatif, utérus, contraction , toucher intime désiré, toucher intime non désiré , hétérosexualité, homosexualité …
  • Concernant le sujet de la masturbation: sexo solo: un site destiné aux accompagnants https://www.sexo-solo.com/
  • Associations qui militent pour l’aidant à la sexualité: Corps solidaires association suisse romande qui regroupent des assistants et assistantes sexuelles: https://corps-solidaires.ch/, APPAS Libertés Egalité Sexualités : site accessible au plus de 18 ans:https://www.appas-asso.fr/#
  • APF France Handicap a une site rubrique regroupant articles, livres, films traitant de la sexualité: http://www.chs-ose.org/
  • Manuel SEX EDUCATION: à destination de toutes et tous. Ce manuel est très bien fait, dynamique, inclusif, frais et dans l’air du temps avec de magnifiques photos de Charlotte Abramov. Vous trouverez le manuel de 35 pages en format pdf ici: https://sexeducation.fr/assets/data/le_petit_manuel_sex_education.pdf
  • le site Hoptoys est un site généraliste regroupant des jeux, supports pour enfants, ados, adultes avec besoins spécifiques: https://www.hoptoys.fr/
  • Site généraliste avec des informations de santé publique destiné à la jeunesse: « on sex prime » : https://www.onsexprime.fr/
  • Pour les plus jeunes: des poupées sexuées  » Anatole » sont actuellement en test en Alsace. Les premières poupées sexuées fabriquées en France seront bientôt disponibles à la vente.
  • d’autres outils peuvent se trouver en commerce également , les grandes surfaces peuvent sortir des jeux qui peuvent tout à fait servir à un travail éducatif…
  • je termine cette longue liste avec mon petit coup de coeur: c’est un livre jeunesse:  » Des femmes et des hommes » Un livre militant qui renverse les questions de genre et appelle à une véritable égalité filles-garçons https://www.ruedelechiquier.net/jeunesse/264-des-femmes-et-des-hommes.html . Si vous êtes curieux, je vous invite à vous intéresser à l’histoire de ce livre publié initialement entre 1977-1978….

Vous l’aurez compris, l’essentiel est de collecter des outils et de les avoir sous la main quand la situation arrive.

Ne l’oubliez pas… l’idéal est de commencer dès l’enfance et de ne pas attendre les problématiques pour proposer ces outils 🙂

En espérant que cet article servira. N’hésitez pas à me le faire savoir 🙂

Virginie

Publié dans Carnet de notes

L’activité sociale libérale: des préjugés issus d’un inconscient collectif culturel institutionnel

L’activité libérale fait place à un nombre de préjugés issus de l’inconscient collectif. Parmi eux, j’en ai identifié deux qui sont à l’œuvre dans l’exercice libéral du travail social : l’absence/l’arrangement avec l’éthique, la recherche du profit.

Il est utile pour moi de m’arrêter dans le cadre de cet article non pas sur ces deux points mais sur ce qui expliquerait ces préjugés infondés. Même si peu affichés clairement par le plus grand nombre, ces préjugés restent néanmoins en tête et réapparaissent, à tout moment lorsque l’acteur/l’activité libéral/e du travail social est pour quelque raison que ce soit, mis sur la sellette.

Afin d’expliquer pourquoi ces deux points seraient pour moi au cœur d’un inconscient collectif culturel institutionnel, je voudrais faire une réflexion générale sur l’institution.

Le mot libéral est un dérivé du mot liberté. Liberté d’entreprendre.  

Il est des pays où ce terme de « libéral » ne recouvre pas autant de préjugés qu’en France. Force est de constater que c’est en France où l’activité libérale non sans être formellement décriée, est sans cesse projetée dans une dualité avec le secteur public. Je pense que réside là une exception française. J’accorderai à ce fait là, qu’il puisse trouver sa source dans la particularité de l’état Providence c’est-à-dire d’un Etat français qui se réclame solidaire et portant assistance aux plus démunis.

Le service public en France est une institution qui sert les valeurs fondant la république. C’est également une institution qui est l’expression et la garantie de l’ordre social. Néanmoins comme toute institution, elle opère en elle-même sa finitude. D’aucuns diront avoir déjà pu se heurter à ce qui s’apparente bien à des limites de fonctionnement de l’institution. Néanmoins pour que l’institution perdure, il faut qu’elle fasse corps face à toute sortes d’éléments qui représentent l’extérieur /l’étranger qui viendraient réinterroger sa finitude et sa limite d’action. Pour une institution, s’ouvrir au fait qu’il puisse naître un projet construit à partir d’une difficulté rencontrée en son sein, est difficile à admettre. Difficile mais pas impossible. L’institution se développe en intégrant, avec plus ou moins de rapidité, de logique et d’aisance, des éléments extérieurs nouveaux à son projet. C’est ce que les institutionnalistes nomment : l’échec de la prophétie. Pour faire simple, l’institution nait d’une idée, d’une valeur à mettre en avant, des groupements d’hommes s’organisent. Cela grandit et nécessite l’établissement d’une nouvelle organisation plus poussée, toujours portée par l’idée d’atteindre l’objectif initial de la fondation.  Il est démontré que les institutions toutes suivent le même chemin à savoir la bureaucratisation qui serait une forme perverse d’une organisation trop poussée. Quand on fait du moment bureaucratique un absolu, on tombe dans le travers bureaucratique : objectiver les acteurs, leur faire oublier leur responsabilité, appliquer des instructions mais sans toujours en comprendre la signification. Bref, arrive à ce moment là un point de bascule, où l’institution non seulement finit par desservir ce pour quoi elle s’est créée mais elle finit par desservir avant toute chose les hommes qui la constituent. Des hommes qui pour beaucoup la quittent…Des hommes qui veulent continuer à faire vivre la valeur initiale du projet institutionnel.  

Et c’est bien là où je veux en venir pour introduire l’activité libérale… Certes il n’y a pas de tout blanc ou tout noir. Mon propos n’est pas de dire que l’activité libérale du travail social est rejetée. Non elle ne l’est absolument pas. Elle se développe tout à travers le territoire. Il y a des institutions qui commenceraient à intégrer (pour toute sortes de raisons) cet extérieur. C’est ce que les institutionnalistes appellent « L’effet Mühlmann » c’est-à-dire le processus par lequel des forces sociales marginales ou minoritaires ou anomiques (ou les trois à la fois) prennent forme et sont reconnues par l’ensemble du système des formes sociales déjà là. L’institué acceptent l’instituant (celui de l’extérieur) lorsqu’il peut l’intégrer. Pour être totalement valable, cette intégration devrait rendre équivalent l’instituant aux formes déjà existantes. Ce qui est un grand challenge ma foi.

Cela permet de mieux comprendre ce qui se joue dans la circulation inconsciente de préjugés sur les acteurs du travail social libéral et particulièrement ces deux points : l’absence d’éthique et la recherche de profit.  L’acteur social libéral représente un peu malgré lui, un étendard de ce qui est limitation dans les institutions et c’est pourquoi l’institution a tant de mal parfois de voir arriver ce nouvel acteur du travail social. Ce dernier met l’institution face à sa limite. Sans rentrer dans le détail du mouvement de l’analyse institutionnelle, il y a dans le travailleur social libéral quelque chose qui est difficilement soutenable par l’institution elle-même et qui la met dans une dissonance cognitive très importante. Ainsi plus grande est la peur, plus grande est l’attaque pour s’en défaire (parfois inconsciemment).  Les deux points notés en préambule de cet article ne sont pas anodins, ils sont le fondement même de l’institution du service public: l’éthique et la gratuité. Reproché ainsi à un travailleur social libéral son absence ou ses libertés par rapport à son éthique ainsi que sa recherche de profit c’est l’expulser loin pour ne pas l’intégrer et faire évoluer l’institution. Non seulement il est complètement faux d’assimiler l’activité libérale à une absence d’éthique et une recherche de profit mais il est mortifere pour une institution de continuer dans ses codes établis simplement parce que la crainte de l’extérieur est plus forte que de déploiement d’une ouverture sur l’extérieur. .  

Merci de m’avoir lu, Virginie


 

Publié dans Carnet de notes

Le rôle de l’institution selon l’approche systémique

Ana Montiel

Dr Guy AUSLOOS, lors d’une communication présentée à la réunion Genevoise des thérapeutes familiaux organisée par le G.R.I.D.E.F ( groupe de recherche d’information d’études sur la famille, Genève) en décembre 1980, expliquait le rôle selon lui, de l’institution:

« Si, selon l’approche systémique, l’institution ne peut se donner pour projet de « soigner » le patient, elle peut cependant conserver un rôle en se mettant au service de ses finalités individuelles, sans aller à l’encontre de la réalité systémique dans laquelle il vit. C’est un des mérites de Siegi HIRSCH d’avoir souligné cet aspect depuis plusieurs années dans son enseignement et sa pratique.[…]… l’institution a la possibilité de développer les potentialités de l’individu ( corps, intelligence, affects) et donc de favoriser la réalisation de ses projets. Elle peut aussi être le lieu où il peut se retirer, se reposer, prendre de la distance, se donner du temps, et dans ce cas la vieille notion d’asile reprend tout son sens. Enfin elle peut être moyen de séparer les combattants lorsque le conflit devient trop aigu. Il importe cependant que l’institution ne propose pas ce qu’elle ne peut réellement promettre, à savoir une éventuelle guérison.

Cette mise au service des finalités de l’individu ne peut cependant pas se concevoir sans évolution concomitante du système familial, comme nous l’avons montré. Et comment peut on mieux mettre la famille en situation de se modifier? En faisant appel à elle, en reconnaissant son implication, en stimulant sa responsabilité, en reconnaissant sa compétence.

C’est ce que nous avons souvent formulé en disant à peu près ceci aux familles: « ce placement a sûrement dû vous toucher et vous concerne tous. C’est pourquoi nous souhaiterions vous rencontrer, parce que nous savons que c’est vous qui comprenez le mieux la situation. Nous voudrions bénéficier de vos connaissances et de votre compétence parce que sans vous nous ne pourrons rien faire« 

Redéfinir l’institution dans ce sens impose qu’elle redéfinisse également sa pratique. Il est donc necessaire que ce soit dès les premières démarches en vue de l’admission que la famille soit informée qu’elle est directement concernée par le placement.

Un autre formulation du message pourrait être:  » Nous avons la possibilité d’héberger cette personne. Nous savons cependant que son comportement, aussi étrange qu’il puisse paraître, a un sens et que ce sens, il n’y a que vous, sa famille, qui puissiez nous aider à le décoder. sans votre collaboration, nous serions donc dans l’impossibilité de plus que d’assurer une bonne hôtellerie« . Devrait s’ensuivre une négociation sur la possibilité d’accepter un tel contrat: « Pouvez-vous nous assurer de votre collaboration? Sinon nous ne pouvons entrer en matière pour le placement, nous ne serions pas cohérents » […]…

Au premier abord, une telle procédure peut paraître rigide, voire rejetante. Elle nous apparaît pour tant comme le seul moyen cohérent pour établir les conditions nécessaires et suffisantes à ce que le travail avec le patient-désigné et sa famille soit ultérieurement possible. Trop souvent en effet, les familles ont encore la possibilité de placer un de leurs membres comme une valise à la consigne. Et l’institution aurait à répondre, selon la formule de Louis EMERY, directeur de Chevrens: « Nous ne sommes pas une consigne, nous n’acceptons pas les valises« . Une telle attitude permet de définir d’emblée le contexte comme thérapeutique et de revaloriser celui qui se sentait exclu.

D’autre part, situer d’emblée la famille comme collaborateur précieux, voire indispensable, permet d’éviter la traditionnelle escalade symétrique qui accompagne souvent un placement. [où] les représentants de l’institution seront perçus comme les spécialistes qui savent, eux, ce qu’il faut faire. Les conditions sont alors réunies pour que l’escalade commence. Que de fois, lors de synthèses, n’entend on pas critiquer les parents qui n’ont pas su…, la femme qui n’a pas su…, le mari qui aurait dû… et l’on ne se rend pas compte que, ce faisant, on se prépare à relever le défi en annonçant implicement que l’on saura…, que l’on pourra…, que l’on devra…. Les sentiments de toute-puissance institutionnelle sont bien souvent nourris de ces défis. »

Publié dans Carnet de notes

Deux types d’éducateurs libéraux

Selon moi, il y a aujourd’hui deux types d’éducateurs spécialisés/moniteurs éducateurs se lançant en libéral:

  1. Les éducateurs sortant d’un emploi en institution ( ou pas) pour se lancer en libéral par l’intermédiaire de contrats organisés par une autre institution. Dans ces contrats proposés pour financer l’intervention à domicile, le rôle de l’éducateur est un rôle d’exécutant. Un exécutant éducatif qui est sollicité en dernier lieu pour accomplir le travail sur le terrain mais pas pour élaborer le projet en amont.
  2. Les éducateurs indépendants, eux, construisent leur travail en direct des familles. Du recueil de la demande jusqu’à l’accomplissement du projet, le rôle de l’éducateur revêt un rôle de directeur éducatif. Au sens que cet éducateur valide de lui même le sens à apporter à son action, avec évidemment tout un processus d’entretiens auprès des partenaires, des familles et des personnes accompagnées. Il est en outre, en capacité de faire évoluer le projet selon ses propres valeurs. Cette direction est non moins nuancée par l’expérience, la collaboration avec les acteurs du territoire ainsi que les moyens de supervision ou d’analyse des pratiques professionnelles. Ces éducateurs accomplissement donc un projet global.

La différence entre ces deux types d’éducateur est notable et était pour moi importante d’être décrite dans cet article.

L’exercice de mon métier en indépendant requiert pour moi des impondérables que je vais tenter de lister ici:

  • La rencontre avec la demande du terrain: la demande des familles, la demande d’un résident/patient, la demande d’un partenaire, la demande d’une équipe médicale, d’une équipe pédagogique. Cette demande pour moi est indispensable dans le process du travailleur indépendant. Cela prend la forme d’un entretien au domicile ( souvent complété par un entretien avec les partenaires de la situation). Cet entretien est la première rencontre. Celle de la présentation. La famille dépose les difficultés rencontrées et des éventuels besoins. A cela se pose notre proposition de moyens à mettre en oeuvre. Une proposition souvent spontanée et s’affinant avec le temps. Mais c’est un premier jet. des premiers mots formulés auprès des familles qui permettent à ces dernières de se décider à choisir notre intervention. C’est le début de la confiance accordée.
  • La construction du projet d’intervention arrive en second temps. Passé les premières pistes évoquées lors de l’entretien, se pose de façon plus dessiné, ce qui peut se concrétiser. En repensant aux propos formulés lors de l’entretien, d’autres idées peuvent naitre. Des regroupement avec des situations déjà vécus, des accompagnements similaires ect. Et puis la capacité de créer à partir de l’inconnu.
  • Lors des premières interventions auprès du jeune ou de l’adulte, se créent le lien et le travail éducatif qui en découle. L’aventure de l’accompagnement prend forme et la partie visible de l’iceberg apparait.
  • Les moyens d’accomplissement du projet sont engagés : rencontre partenaires de la situation, contact/échange réseau, point bilan avec la famille, supervision individuelle, formation professionnelle… ect

Ainsi pour moi le travail d’éducateur commence dès l’entretien avec la famille. Il ne saurait se résumer qu’à la partie visible de l’iceberg c’est à dire aux interventions calés dans un agenda prise par des organismes organisant la venue de professionnels au domicile.

Ôter 60% de la mission d’un éducateur spécialisé libéral, c’est bien dommage et c’est surtout bien ignorer ce qui motivent les éducateurs qui se lancent en libéral et qui souhaitent retrouver un sens à leur action. Résumer le travail d’éducateur spécialisé à son rôle d’exécutant c’est sous évaluer notre métier et malheureusement c’est ce qui est proposé dans ce qui aujourd’hui est officialisé par les ARS par l’intermédiaire d’institutions dans chaque région. Ce sont je l’espère des propositions qui évolueront avec le temps car nous sommes aux prémisses de ces organismes. En tout cas, ce sont des propositions qui ne peuvent pas satisfaire les éducateurs qui réalisent leur métier à 100%.

Virginie

Publié dans Carnet de notes

Un morceau de coeur

Jacqueline Muret

Quand vous payez une heure d’un travailleur social indépendant, vous achetez des centaines d’heures de tâtonnement et d’espoir, de mise en perspectives de notre qualité d’humain à être davantage humain et à vous comprendre au mieux. Vous achetez des mois de  »coups dur », de « gamberge » ainsi que des moments de pure joie qui nous sont déjà arrivés et qui se retranscriront dans ce que nous dirons et ferons. Vous ne payerez pas simplement pour un service ou une technique mais un morceau de coeur, une partie de l’âme, un moment de vie que nous vivrons à votre service.

Publié dans Carnet de notes

Mettre le holà

Alice Neel

Lorsqu’on est habitué à œuvrer au service des gens, on a une tendance principale à laver la vaisselle sale des autres. C’est une habitude qu’on a pris. Endosser ce qu’on ne doit pas endosser.

Faire le travail du « non » et du refus est alors nécessaire à mettre en place. En général il intervient après un schisme à l’intérieur de nous car la vaisselle sale des autres s’accumule et l’on devient vite débordé. Et l’abus de l’autre devient de plus en plus flagrant. Le temps passé à laver la vaisselle sale de l’autre est un temps perdu à ne pas vous occuper de vous. C’est une spécialité du travailleur social, ne nous cachons pas. Mais le travailleur social est un être humain donc on peut supposer que ce soit le lot de beaucoup d’autres personnes.

Retrouver son autoroute du pouvoir et arrêter de se charger de la merde des autres est de l’ordre alors de la survie.

Reconnaître que la situation n’est pas normale. Et y mettre un holà.

De quelle manière? En vous demandant comment vous vous sentez et en validant votre premier ressenti. D’où qu’il vienne. Ne surtout pas le mettre de coté. Valider votre ressenti et juste votre propre ressenti, c’est le début de votre chemin à vous.

Je dis  » juste votre propre ressenti », car en général face à cela, l’autre va vous inventer des ressentis qui correspondent à l’histoire qu’il se raconte et qui sert à son problème. On reconnait lorsqu’on met un holà lorsque l’autre réagit avec véhémence à votre refus. En général l’abuseur nous demande d’être et de faire ce que lui a décidé pour nous et que pour lui , chose importante, c’est la seule alternative à SON problème. Nous risquons alors de devenirs la pâte à modeler de cette personne qui ne voit alors aucun problème à nous faire endosser la responsabilité de ses manques.

En s’appuyant sur le manque d’amour que nous avons de nous-même évidemment! Parce qu’autrement cela n’aurait pas de prise.

Cela vaut dans la vie pro comme de la vie perso.

Pensez-y.

Publié dans Carnet de notes

Qu’est ce qui fait se lever le matin?

Chris Kenny

Qu’est ce qui fait se lever le matin? Quelle est la fonction première de vivre? Tout cela n’est pas défini à l’avance et se dessine au fil du temps et des rencontres.

Combien de fleurs de gens avons-nous autour de nous, pour nous aider à faire notre miel? Qui profite de notre miel? Cela peut paraître bizarre de se poser ces questions mais finalement c’est essentiel pour mieux se connaitre. On peut à tout moment décider comment, et avec qui nous pouvons nous accomplir dans ce que nous sommes vraiment. Nous pouvons arrêter d’écouter ceux qui nous jugent et nous blessent.Nous freinent, nous rabaissent. On peut à tout moment dire stop. Ne plus accepter l’inacceptable.

Il est des instants si inconsistants qu’on ne peut continuer à vivre qu’en renaissant. Il est des instants si odieux qu’on ne peut continuer qu’en innovant.

C’est bien par la création que se confirme ce que nous sommes. Pas par la copie, ni par l’écoute désespérée des autres. Ceux qui insistent pour qu’on les écoute nous parler de nous-même n’ont que très peu compris en quoi consistait réellement vivre. Laisser sa trace au monde. Créer.

Les défis lancés par la création de sa vie sont infinis. Et c’est bien en cela qu’ils nous élancent vers nous-même. Créer c’est gérer l’éco-système de soi. Et ça , personne ne peut te donner le mode d’emploi. Comment peut on écrire ce mode d’emploi que personne ne peut nous donner? Comment peut on éprouver plus d’émancipation? gérer les points de frictions? trouver des équilibres? traverser les crises? construire ta connaissance? s’autoriser le plaisir? élaborer ta confiance? choisir tes projets et ta vie? Quand j’écris ou que je porte un projet, je crée et à partir de là toutes les réponses sont radieuses. Car je donne vie à ce que je suis.

Publié dans Carnet de notes

L’espoir grillé

Ana Montiel

Il existe tellement de choses qui anéantissent pour un instant, la beauté de la vie. Tellement de choses qu’on ne voudrait pas vivre et pourtant nous les vivons.

Ces moment où l’espoir grille d’un coup sans crier gare. Comme si le paysage entier transpirait d’une odeur sinistre alors qu’il était si onctueux à nos yeux, il y a encore deux minutes.

C’est le coup de grisou d’un espoir qui s’embrase. Vous connaissez?

On voudrait alors qu’il n’en soit rien , on voudrait alors ne pas avoir entendu, ni vu, ni ressenti ce que nous avons vécu. On voudrait aussi n’avoir pas autant nourri et porté ce doux et ce précieux espoir chiffonné. Parce qu’on y croyait, parce qu’on en rêvait. Parce qu’on voulait le voir grandir. A tant de rêves, il répondait.

Car derrière tout espoir, il y a un rêve. Vous le connaissez ?

Le rêve part- il en même temps que l’espoir qui s’évanouit ? ou fait il un dernier tour?

Moi je pense qu’il dissipe l’odeur grillé des espoirs déçus et qu’il part continuer ailleurs… là où il ne meurt .

Publié dans Carnet de notes

En tête à tête avec sa colère créative

Juan Palomino

Personne ne mérite d’être maltraité émotionnellement. Pourtant cela arrive et souvent par des personnes très proches de nous.

L’abus émotionnel est une forme de lavage de cerveau qui érode lentement l’estime de soi, la sécurité et la confiance de la victime en elle-même et en d’autres. À bien des égards, il est plus nuisible que l’abus physique, car il désintègre lentement le sens de soi et la valeur personnelle.

La colère d’avoir été maltraité et abusé émotionnellement est légitime. Et c’est pour aborder ce point précis que j’écris cet article. La colère est un sentiment intense éprouvé en réponse à une frustration, une injustice, une blessure, une déception, ou une menace. La colère pourrait présenter certains avantages.

Se servir de la colère comme un moteur pour vous propulser vers l’avant pour avancer et pour vous reconstruire n’est pas de l’ordre de la fiction! En revanche en perpétuant l’envie de vengeance auprès de la ou les personnes vous ayant fait du mal , vous allez indirectement donner l’autorisation à la colère de vous contrôler encore davantage. Car elle est bien là, la subtilité de la colère, en même temps qu’elle nous insuffle l’essence pour repartir, elle peut aussi nous clouer sur place pendant bien longtemps.

A l’opposé de l’envie de vengeance générée par une colère stagnante, la colère créatrice te fait te lever un matin et ne plus accepter certaines choses . Elle te donne l’énergie folle de commencer à poser les actions qui vont constituer la nouvelle donne de ta vie.

Utilisez cette colère à votre plus grand avantage. Saisissez la et regardez la par tous ses angles, il y aura forcément un angle qui inspirera vos constructions futures. Ce n’est pas une fiction, encore une fois, je le répète.

Ce scénario est le seul permettant de retrouver votre équilibre. Mettez toute votre énergie pour trouver des solutions afin de remédier au déséquilibre béant crée par l’abus subi. Arpentez votre chemin dans tout les sens si il le faut pour vous guérir de vos blessures et pour reprendre petit à petit le gout à la vie.

Il n’y a pas de plus belle victoire que celle qui est née au plus profond de nous même, en tête à tête avec sa colère créative.

Merci de m’avoir lu!

Virginie